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Un peu d'histoire
Situé en Bresse, Villette
fit jadis partie du royaume de Bourgogne en 879, avant de passer sous
la suzeraineté des empereurs germaniques, puis de la maison de
Savoie au XIIIe siècle, pour être définitivement réunie
au royaume de France en 1601
Son appartenance à une région frontière longtemps
convoitée explique les importantes défenses dont Villette
fut dotée : deux châteaux-forts, celui de La Palud
dont il ne reste rien et celui de Richemont dont subsistent les
fondations, flanqués de quatre maisons-fortes : Gravagnieux, Monjaillon,
La Moutonnière et Le Vernay.
La Côtière de Dombes entre Dombes et Bugey L'exemple de la commune
de Villette/Ain
Il n'est pas besoin de souligner l'extraordinaire mutation territoriale
enregistrée par les campagnes en général et par les communes périurbaines
en particulier. Alors qu'il y a quelques décennies, le seul déplacement
hebdomadaire des agriculteurs consistait à aller au marché, à l'heure
actuelle, le genre de vie urbain a gagné les campagnes et les agriculteurs
cherchent à bénéficier des services offerts par les bourgs voisins au
risque de passer, eux aussi, comme les citadins, de nombreuses heures
au volant de leur voiture. Non seulement les déplacements physiques ont
permis d'ouvrir considérablement les territoires ruraux mais la mobilité
virtuelle (téléphone, télévision, internet) transforme les campagnes en
" village global ". A un moment où la côtière, à travers l'élaboration
des documents de planification (SCOT de la Dombes, SDAU de la BUCOPA ,
se prononce sur son avenir, il semble opportun de rechercher, à travers
l'histoire, quelles ont été les lignes forces du développement de cette
région et la présence permanente d'un certain nombre de facteurs tout
en s'interrogeant sur l'évolution même de la notion de territoire et le
considérable élargissement de sa base spatiale.
La complémentarité des terroirs : une opportunité dans le monde agricole
:
Villette/Ain est située sur la Côtière de l'Ain, appelée aussi côtière
orientale de la Dombes. Cette côtière est une longue côte d'une vingtaine
de kilomètres, en bordure de la vallée de l'Ain entre le Revermont et
la Dombes. Cette Côtière est prolongée vers le sud par la Côtière du Rhône
qui, au delà de meximieux s'insère au sein de l'agglomération lyonnaise
puisque le SDAU évoque la " conurbation de la Côtière ".
Ce coteau est longé par l'Ain depuis Pont d'Ain où la rivière sort du
massif montagneux jusqu'à Meximieux où elle rejoint la vallée du Rhône.
Elle se situe au contact entre la Dombes et Plaine de l'Ain, elle présente
une dénivellation d'une centaine de mètres façonnant ainsi une rupture
dans le paysage: " en encadrant la Plaine de l'Ain sur tout le secteur,
elles créent une tension positive nord-sud, par les axes du relief et
Est-Ouest par le jeu de vis à vis d'une côtière à l'autre…., les côtières
sont un peu tout à la fois : avant-scène, porte ou balcon des arrières
pays, fond de scène et de perspective depuis les plaines ". Au bas de
la pente, au contact avec la vallée se succèdent de gros villages installés
soit sur un lieu de franchissement de l'Ain : (Pont d'Ain), soit à l'écart
de la plaine inondable Varambon, Priay, Villette, Mollon, Villieu, Meximieux.
Sur le bord du plateau les hameaux et les villages sont plus clairsemés
: les carronnières, sur Côte, Mas Durand, Chatillon la Palud, Loyes....
Ces communes recouvrent différents terroirs qui offrent des aptitudes
variées et complémentaires. Ainsi, sur le territoire de Villette, successivement
d'Ouest en Est, on rencontre :
- Le plateau de la Dombes formé par de l'argile englobant de grosses
moraines est resté très humide même s'il a été assaini au siècle dernier.
On y trouve quelques vallons garnis de prairies humides, vallons creusés
par les ruisseaux qui descendent vers l'Ain. Se succèdent des près,
des champs et des bois dans lesquels les bouleaux et châtaigniers dominent.
De grands étangs marécageux se groupent par deux et représentent la
spécificité de la région encore très marquée par la chasse et la pêche.
Les terres lourdes sont cultivées au sein de vastes exploitations très
dispersées. Quelques bourgs concentrent les activités de services ;
Chalamont, Villars les Dombes…La commune de Villette/Ain s'étend davantage
sur le plateau dombiste que les communes voisines. En effet, la commune
actuelle de Villette est issue de la fusion de deux paroisses qui avaient
vécu de manière autonome. Villette de Richement correspondant uniquement
au plateau et à ses entailles vallonnées et Villette de Loyes davantage
centrée sur la Côtière.
- La Côtière constituée par des terres argileuses a longtemps été un
pays viticole. Cette vocation s'est estompée, des vergers se sont maintenus
et développés mais des friches ont beaucoup gagné. Ces pentes sont investies
par des habitations dont l'implantation reste fragile compte tenu des
mouvements de terrains. Sur les pentes affleurent des marnes et cailloutis
bressans et, par dessus, on trouve des placages d'argiles glaciaires
qui rendent les terrains très mouvants. A Villette, la nuit du est encore
présente dans les mémoires puisque la route D. a été recouverte par
les terrains provenant du champ voisin qui surplombait la route.
- La plaine alluviale de l'Ain supporte des champs et des prairies mais
surtout des terres incultes appelées " brotteaux " qui servent de zone
d'expansion des crues.
La plupart des habitants pouvaient ainsi posséder des bois et des près
sur le plateau, des vignes sur la Côte et bénéficier des pacages collectifs
dans les Brotteaux. Ce type d'utilisation agricole avec la mise en valeur
de terroirs complémentaires correspondaient à une polyculture effectués
par des petits propriétaires ayant des relations de dépendance avec les
paroisses ou les seigneuries voisines très ténues.
La permanence de la polyculture vivrière jusqu'au milieu du XIXème siècle
Les terrains ingras permettaient à une population relativement nombreuse
de vivre pauvrement comme le montrent les recensements effectués par les
intendants de Colbert . En 1665, soucieux de connaître l'état des communes
du royaume, Colbert envoie un questionnaire très précis dans les différentes
paroisses. Les réponses sont éloquentes : " C'est un pays de broussailles
et de monticules qui se sème la plus grande partie de seigle et d'avoine.
Il y a quelques vignes dont le vin est fort chétif. Il n'y a que deux
chétifs brotteaux. Les habitants sont censés pauvres ". Néanmoins, ce
rapport mentionne 150 communiants à Villette de Loyes et 100 à Villette
de Richement.
| 1654 |
500 communiants |
| 1670 |
250 communiants |
| 1709 |
185 feux (5 à 6 personnes par feux) |
| 1720 |
53 feux |
| 1726 |
245 hab. |
| 1763 |
53 feux |
| 1784 |
112 feux |
| 1786 |
650 habitants |
Tableau n°1 Evolution de la population de la commune
de Villette/Ain aux XVIIème et XVIIIème siècle
A la fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème siècle, le nombre
d'habitants a été très fluctuant. Sans doute faut-il voire dans ces fluctuations
les effets des guerres et les pillages par les armées stationnées à Villette
et mentionnées dans le recensement de Colbert. " Les habitants sont pauvres
et ont été ruinés par les gens de guerre qui y ont été établis en quartier
d'hiver ". La population est réduite de moitié entre 1654 et 1670 et divisée
par trois entre 1709 et 1720.

Fig n°1 : évolution du nombre d'habitants de la commune de Villette
sur Ain
En revanche, au XIXème siècle la population a été beaucoup plus stable
même si les guerres de l'empire sont sans doute la cause de la baisse
enregistrée à la fin de l'Empire. On retrouve deux maxima démographique
(fig. n°1), l'un sous le second empire et l'autre à la fin du siècle.
En revanche, à partir des années 1880 jusqu'en 1968, la baisse de la population
est continue. La crise du phylloxéra , les méfaits de la grande guerre
(très peu de mariage entre 1914 et 1918, 4 seulement) et la crise agricole
du XXème siècle en sont sans doute les causes.
La stabilité démographique est confortée par l'appartenance des jeunes
mariés à la Côtière où ils se marient et s'installent 'G.Chabot
| 1681-1720 |
149 mariages |
| 1721-1760 |
162 mariages |
| 1761-1800 |
209 mariages |
| 1801-1840 |
269 mariages |
| 1841-1880 |
236 mariages |
| 1881-1920 |
203 mariages |
| 1921-1947 |
138 mariages |
Tableau n°2 Nombre de mariages célébrés à Villette
de 1681 à 1947
Le dépouillement des actes de mariage célébrés dans la commune confirme
la présence du maximum démographique au début du XIXème siècle et le déclin
rapide de la population au cours de la première moitié du XXème siècle.
Le dépouillement de l'origine des mariés montre que, jusqu'en 1840, même
si l'un des deux conjoints est étranger à la commune, la plupart des jeunes
mariés ne quittent pas la côtière. Seuls les domestiques présentent une
plus forte mobilité. Pendant près d'un siècle et demi si on en se marie
pas toujours au village même on reste très proche des villages voisins
situés également sur la côtière offrant donc un genre de vie assez proche.
Les mariages avec des habitants du Bugey sont encore rares. La permanence
du territoire et du genre de vie est très forte
Le rôle de la Côtière comme lieu d'échange entre le plateau et la plaine,
apparaît, à travers les mariages à partir de 1841 . Les communications
sont plus faciles, on sort donc plus de chez soi. La construction de la
passerelle de Gévrieux en 1852 permet des échanges plus nombreux avec
le Bugey voisin. Les échanges sont facilités. Des fermiers du plateau
sont venus louer les terres de la côtière et leurs filles épousent des
habitants de Villette. En outre, les cultivateurs de Villette vont chercher
des femmes sur le plateau tandis que les filles de du village se marient
de préférence avec des jeunes de la vallée. L'installation de filatures
de la soie à Jujurieux ou à Montluel attirent des ouvriers qui viennent
épouser des filles de Villette. Après 1900, la bicyclette devient d'un
usage courant et permet les relations entre les villages voisins pour
les vogues en particulier. Les relations se multiplient. Un omnibus à
chevaux relie chaque jour le village à la gare de Meximieux. Il est remplacé
en 1910 par un autocar. Le nombre de mariages où les deux conjoints sont
originaires de Villette est infime. La descente du plateau vers la côtière
se confirme puisque de nombreuses filles qui se marient à Villette sont
originaires du plateau. Les agriculteurs de Villette vont chercher leurs
femmes sur le plateau qui reste plus attaché aux traditions agricoles.
Ces femmes ne craignent pas de rester à la ferme. Les filles de Villette
se marient à l'extérieur mais plutôt vers les villes que vers le plateau.
On perçoit ainsi le glissement progressif du plateau vers la vallée et
de la vallée vers la ville. Au fil des ans, et surtout après la guerre
de 1914, la proximité perd de son poids. Les jeunes mariés vont facilement
s'installer dans l'agglomération lyonnaise. Les nouveaux métiers s'imposent
14 jeunes gens sur 77 ne sont plus cultivateurs. De nombreux jeunes originaires
de Villette ont un emploi régulier à Ambérieu, Ambronay ou Leyment (poudrerie)
et continuent à habiter dans la maison paternelle tout en touchent les
assurances sociales. Ils permettent d'abandonner la culture sans quitter
le pays. Or les femmes cherchent à abandonner le statut de cultivatrice
très lourd à porter.
Une première mutation territoriale apparaît avec la permanence de la
fonction agricole en Dombes et l'ouverture de la Plaine de l'Ain aux activités
nouvelles. Le phénomène s'accélère après la seconde guerre mondiale, le
poids de l'agglomération lyonnaise, la déprise agricole et la démocratisation
de la voiture imposent une véritable mutation territoriale qui s'inscrit
dans le phénomène de la péri urbanisation fortement liée aux voies de
communication.
(Source AREV)
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